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Le marché français de l’occasion bat des records pendant que les arnaques se multiplient

Examen moteur d'une voiture en concession
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Cinq millions quatre cent mille transactions d’occasion en 2025, c’est le chiffre qu’AAA Data a publié en début d’année, et franchement la hausse de 0,8% paraît modeste jusqu’à ce qu’on regarde où elle se concentre. Les particuliers se vendent des voitures entre eux à un rythme qu’on n’avait pas vu depuis longtemps, plus 14% sur l’année complète, pendant que les ventes professionnelles perdaient 2%. Je trouve ça révélateur parce que ça signifie que la croissance vient presque entièrement de gens qui achètent sans concessionnaire, sans garantie, et la plupart du temps sans vérification sérieuse du véhicule qu’ils acquièrent. Le ratio VO/VN tourne autour de 2,6 d’après les données disponibles, le CCFA et AAA Data ne s’accordent pas tout à fait sur le périmètre exact mais le chiffre ne fait pas débat dans l’industrie. Pendant ce temps le neuf dégringolait de 5%, et cette bascule amène sur le marché de l’occasion des primo-accédants au budget serré qui n’auraient jamais envisagé d’acheter une voiture de seconde main il y a trois ou quatre ans, des gens avec très peu d’expérience face à des vendeurs qui en ont beaucoup.

Résumé de l’article :

  • Le marché français de l’occasion a atteint 5,4 millions de transactions en 2025.
  • La croissance vient surtout des ventes entre particuliers, en hausse de 14%.
  • La fraude au compteur toucherait plusieurs centaines de milliers de véhicules chaque année.
  • Les véhicules importés, notamment via l’Allemagne ou la Belgique, concentrent une partie importante du risque.
  • Le futur cadre européen devrait améliorer les échanges de données, mais pas avant plusieurs années.

Un marché de l’occasion porté par les ventes entre particuliers

Marc Lefèvre gère un parc d’occasion en banlieue de Toulouse, et il m’a montré le dossier d’une berline allemande qu’il avait récupérée en reprise le mois dernier, affichée à 87000 kilomètres au compteur. L’historique d’entretien s’arrêtait net après le passage du véhicule par la Belgique, et les relevés kilométriques côté allemand indiquaient 168000 kilomètres lors du dernier contrôle technique outre-Rhin, soit un écart d’environ 81000 kilomètres. Il a refusé la reprise, évidemment, mais ce qui m’a frappé c’est quand il m’a dit que sur ses trente ou quarante reprises mensuelles, cinq ou six arrivent maintenant avec ce genre d’incohérence, et que ça s’est nettement aggravé depuis la fin 2024. Le problème selon lui c’est que les particuliers qui vendent ces voitures ne savent pas toujours qu’ils revendent un véhicule au compteur trafiqué, ils l’ont eux-mêmes acheté comme ça et ne s’en sont jamais rendu compte.

La fraude au compteur devient un risque massif pour les acheteurs

Les chiffres de la DGCCRF confirment cette impression de terrain. Leur dernière enquête nationale a passé au crible 2200 établissements spécialisés dans la vente de véhicules et le résultat est assez accablant, près de deux tiers en anomalie sur l’information du consommateur ou la loyauté des pratiques commerciales. L’administration a tapé fort, 1600 avertissements, 1500 injonctions, 320 procès-verbaux pénaux. La fraude au compteur kilométrique toucherait entre 300000 et 350000 véhicules par an en France selon les estimations les plus prudentes, certaines sources avancent le chiffre de 600000, soit potentiellement un véhicule d’occasion sur dix. 

Le coût moyen pour l’acheteur floué tourne autour de 2000 à 3000 euros de surpaiement, et quand on multiplie ça par le volume de véhicules concernés, on arrive à des pertes collectives qui dépassent probablement le milliard d’euros par an rien que sur le territoire français. Quand j’ai posé la question à un spécialiste de vérification historique véhicule chez carvertical.com/fr, il m’a avancé 35 à 40% d’acheteurs français qui feraient une vérification avant d’acheter. Franchement ça me paraît optimiste, ces données viennent d’enquêtes auto-déclarées et les gens ont tendance à surévaluer leur propre prudence.

💡 Conseil de pro : avant d’acheter une voiture d’occasion, il faut toujours comparer le kilométrage annoncé avec l’historique d’entretien, les contrôles techniques, les factures et les données disponibles sur l’origine du véhicule. Une incohérence, même légère, doit pousser à demander des preuves supplémentaires avant de signer.

L’écart de prix avec le neuf alimente la tentation

L’écart de prix entre neuf et occasion continue de se creuser, ce qui alimente directement le problème. Un véhicule neuf coûtait en moyenne 45% de plus que son équivalent de trois ans en 2024, et cet écart a grimpé à 52% en décembre 2025. Quand vous voyez un différentiel pareil, vous comprenez pourquoi les voitures d’occasion affichant un kilométrage apparemment bas deviennent irrésistibles pour des acheteurs qui font leurs recherches en ligne et ne se déplacent pas toujours pour inspecter ce qu’ils achètent. Le segment SUV pèse maintenant 38% de l’occasion en France. L’électrique progresse vite, autour de 19% par an, et le commerce en ligne grignote du terrain à peu près au même rythme, même si 87% des revenus passent encore par des points de vente physiques. Sophie Morel, responsable d’un centre de contrôle technique dans la région lyonnaise, m’a expliqué que les écarts transfrontaliers sont signalés peut-être une fois par semaine dans son centre, et que la plupart concernent des véhicules passés par l’Allemagne ou la Belgique avant d’être réimmatriculés en France.

Les véhicules importés restent le point faible du système

La question transfrontalière est d’ailleurs au coeur du problème et les choses bougent enfin au niveau européen. Les ministres des transports de l’UE ont adopté fin 2025 un système comparable au Car-Pass belge, ce dispositif créé par une loi de 2004 qui a quasiment éliminé la fraude au compteur en Belgique où l’on ne compte plus qu’environ 1500 cas par an. Concrètement ça veut dire que tous les États membres devront criminaliser la manipulation des compteurs, alors qu’aujourd’hui six pays seulement le font, et qu’un échange de données kilométriques transfrontalier deviendra obligatoire. Les dommages liés à la fraude au compteur en Europe tournent quelque part entre 5,6 et 9,6 milliards d’euros par an selon la Commission, une fourchette tellement large qu’elle en dit long sur la difficulté à mesurer le phénomène. Le Parlement européen avance un taux de manipulation de 30 à 50% pour les véhicules importés, contre 5 à 12% sur les ventes domestiques. En France ça vaut trois ans d’emprisonnement et 300000 euros d’amende. En Allemagne, seule la modification effective du compteur constitue un délit, un an de prison ou une amende, et les fraudeurs le savent pertinemment.

Des réseaux organisés difficiles à stopper

Un inspecteur de la gendarmerie nationale en poste dans le Nord m’a dit que les réseaux organisés achètent des lots de dix ou quinze véhicules en Allemagne, font modifier les compteurs dans des garages complaisants situés en Belgique ou au Luxembourg, puis les réimmatriculent en France via le SIV sans que le changement de kilométrage soit détectable puisque les bases de données nationales ne communiquent pas entre elles. Et HistoVec, le service gratuit du ministère de l’Intérieur, ne couvre que ce qui se passe sur le territoire français. Tout ce qui s’est passé avant la réimmatriculation, c’est un trou noir. L’inspecteur a ajouté que le démantèlement d’un réseau prend en moyenne dix-huit mois d’enquête pour aboutir à des condamnations qui oscillent généralement entre six mois avec sursis et deux ans ferme, et que pendant ce temps les mêmes individus ont largement le temps de monter une nouvelle structure.

Un risque qui devrait rester élevé en 2026

Personne ne s’attend à ce que le marché de l’occasion ralentisse en 2026, pas avec les prix du neuf qui ne montrent aucun signe de stabilisation et des normes d’émission qui alourdissent les coûts de production des modèles récents. Les utilitaires d’occasion, en hausse de 4,4% l’an dernier, illustrent bien le problème. C’est un segment où le trafic de compteur rapporte énormément parce que les fourgons utilitaires roulent beaucoup et qu’effacer 120000 ou 144000 kilomètres sur un fourgon qui en a fait 300000, ça peut représenter des milliers d’euros de plus-value fictive. Le nouveau cadre réglementaire européen ne sera pas opérationnel avant 2028 au plus tôt selon les premières estimations, et d’ici là le volume de transactions entre particuliers, qui est justement le segment le plus vulnérable, continue de croître à un rythme que personne dans l’industrie n’avait anticipé il y a deux ans.

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